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Nos vies en 2032

Beaucoup ont partagé europe2031.ai. Je trouve la vision ahurissante. Mais elle fait écho aux réflexes pavloviens de la scène politique en réaction au blocage des derniers modèles d’Anthropic par les États-Unis. Merci à Mélinée Le Priol de m’avoir accueilli dans sa dernière chronique à ce sujet.

Pendant ce temps, on crève de chaud. Alors, je vous propose de renverser la perspective en partant de l’expérience d’un atelier Paris à 50 °C auquel j’ai pu participer grâce à Alexandre Florentin et Paula Forteza dans le cadre des municipales. Comment vivre, et pourquoi pas mieux, dans un monde à 50 °C?

Plutôt que de partir d’une technologie donnée, mon point de départ est de définir à quoi nos vies peuvent ressembler, pour le meilleur, à 50 °C. Puis d’établir un « rétroplanning » pour déterminer ce que nous devons développer et changer concernant nos modes de vie, nos savoir-faire, nos organisations, nos techniques, notre alimentation, notre santé, etc.

Nos infrastructures seront mises sous pression. On doit donc alléger cette pression. De quoi se passe-t-on? Du transport de vidéos, de produits ultra-transformés, de déplacements non essentiels à la logistique? Les réseaux mesh et les terminaux légers doivent-ils être investis? Les techniques de demain doivent désormais être déterminées par les exigences de nos conditions de vie à venir, et non l’inverse.

Quels aliments et quelles cultures agricoles résistent à la chaleur et nous permettent de tenir physiquement? Comment créer les canopées urbaines? Comment convertit-on les toits et les chaussées?

À quoi ressemble une journée dans un monde à 50 °C et, dès lors, quelle est l’économie de redistribution associée? Va-t-on devoir convertir les usines pour répondre à nos besoins essentiels et se passer de certains métiers? Dans ce cas, comment s’assurer d’une répartition équitable des richesses? Bascule-t-on d’une économie de la compétition à une économie de l’entraide et de la régénérescence?

Doit-on rationner? Le cas échéant, pour que ce soit démocratique, doit-on avoir une connaissance publique des ressources disponibles et nous mettre d’accord sur des plafonds de consommation? Comment se soigne-t-on avec moins de médicaments, moins de places en hôpital et plus de gens à accueillir?

Comment se parle-t-on? La chaleur accroît les tensions. Comment pense-t-on la médiation sociale et le soin psychologique? Comment rassemble-t-on les meilleures idées et le plus grand nombre lors des prises de décision ? Les professionnels sont unanimes: nos liens de solidarité nous sauveront. Comment les cultive-t-on?

Tout cela requiert des travaux de recherche de tous genres, et surtout une recherche libre, car de l’inattendu naissent beaucoup de découvertes salvatrices et heureuses. Nous ne pouvons laisser cet effort aux personnes qui ont pour seul but de se faire de l’argent sur notre dos pour nourrir leur extraction du social. Nous n’avons tout simplement pas le même projet.