Interop

Décembre 2025: la Commission européenne ouvre une procédure en urgence contre Meta pour ouvrir Whatsapp à d’autres IA que Meta AI, qui se voit offrir un monopole indécent sur WhatsApp.

Vendredi 24 avril 2026: X propose à ses utilisateurs premium un système de flux recommandés et de mise sous silence de certains thèmes, le tout conçu par GrokAI. Voilà pour le pluralisme algorithmique à la sauce Musk.

Lundi 27 avril: la Commission publie un projet de décision décrivant la façon dont Android devait s’ouvrir aux autres IA que Gemini.

Mardi 28 avril: la Commission a sorti son rapport d’évaluation de 3 ans de mise en oeuvre du DMA, indiquant entre mille autres choses qu’elle allait porter son attention sur les questions d’IA.

Et elle fait bien car voici ce qui est en train de se passer. Le marché de l’IA va être dominé par ceux qui ont un accès exclusif à des données toujours plus dynamiques, toujours plus à jour, toujours plus situées: messageries, voitures, systèmes d’exploitation, réseaux sociaux. Le marché de l’IA va être contrôlé par des acteurs qui vont capitaliser sur les logiques de fermeture et d’extraction mises en place par le passé. A ce jeu-là, on sait qui sont les grands gagnants.

Avoir un monde IA-centré n’est pas la raison pour laquelle je me lève le matin. Avoir un monde IA-centré qui est le fruit d’accaparements tous plus illégitimes les uns que les autres me déplaît particulièrement.

Pour contrer cette logique, nous pouvons tenter la prise de judo au coeur même du travail de régulation: s’assurer que cet empilement d’innovations ne se fasse pas en silos avec une poignée d’entreprises contrôlant tout notre environnement informationnel et les forcer à changer la nature de leur système. En prendre le contrôle pour le mettre au service de nos ambitions en somme, contre leur volonté et en usant pour cela de la force du Léviathan.

C’est un des enjeux du rapport sur l’interopérabilité verticale des réseaux sociaux que nous avons publié hier avec FOTI. Forcer le changement de nature des systèmes fermés que nous avons en face de nous, changer le modèle, arrêter d’être les matières premières d’une économie fermée au détriment du plus grand nombre. Il ne s’agit de rien d’autre que de savoir qui peut capitaliser sur nos richesses. Y compris celle que nous partageons bon gré mal gré sur ce réseau-ci.

Pour un aperçu en vidéo de ces questions, je vous recommande deux podcasts, tous deux publiés hier:
L’un conçu par Lê Nguyên Hoang (merci pour les mentions!)

L’autre par Simonetta Vezzoso (merci pour l’invitation!)